Publié par Jérôme

Brisseau, « l’entomologiste de la sexualité féminine »

En 2005, le cinéaste Jean-Claude Brisseau a été condamné à un an de prison avec sursis et à 15000 euros d’amende pour harcèlement sexuel. Les plaignantes lui reprochent d’avoir abusé d’elles en leur demandant de faire des « essais érotiques » pendant une longue période. Après cela, le réalisateur ne les a pas choisies pour interpréter les rôles principaux de son film.


Derrière cet apparent fait divers sordide se cache une réalité certainement un peu plus complexe. Mais cette condamnation montre en tout cas que le réalisateur n’a pas su gérer les événements. A des fins d’exorcisme et de réponse personnelle à la décision du tribunal, Brisseau tourne Les Anges Exterminateurs, un film où François est un réalisateur qui fait passer des auditions « poussées » à des comédiennes et où celles-ci finissent par se retourner contre lui ! La mise en abîme n’arrange rien. Si dans le film, le réalisateur est passif et uniquement spectateur, dans les faits il semble qu’il ait fait un peu plus que regarder. Brisseau y inclut aussi des éléments imaginaires, mais inspirés de sa propre expérience.


Les Anges Exterminateurs reste donc une fiction qui tente de nous faire comprendre ce que le cinéaste recherche exactement. Les confidences recueillies par Brisseau lors d’entretiens, se transforment ici en dialogues entre François, le réalisateur imaginaire et ses potentielles comédiennes.


Pour être sûr que les jeunes actrices ne lui fassent pas faux bond, il leur demande de se mettre à nu au sens propre du terme et de se faire filmer en train de se masturber. Il leur demande même d’aller plus loin et leur propose de se caresser dans des lieux publics. La plupart refusent mais quelques-unes acceptent et entrent ainsi dans un jeu ambigu. L’on ne sait plus vraiment si elles le font pour leur propre plaisir, pour s’aventurer dans des expériences sexuelles nouvelles, pour satisfaire le réalisateur ou pour satisfaire l’homme lui-même. Car si au départ tout semble clair, au final l’une des filles a de graves problèmes psychologiques et une autre fille tombe amoureuse du réalisateur sans que ce dernier ne s’en rende compte. Ces relations ne sont donc plus vraiment professionnelles…



Ce qui fait du tort à Brisseau, c’est donc qu’il mélange réalité et fiction, fantasmes personnels et activité professionnelle. C’est cette confusion qui lui a valu qu’on en arrive au tribunal car après tout, l’érotisme lors des essais reste relativement soft. Dans le milieu du , les actrices reçoivent d’énormes turgescences dans tous les orifices à un rythme industriel et il n’y a pas de plainte déposée. Car le contrat est limpide.


Entomologiste de la sexualité féminine, Brisseau utilise la caméra comme microscope. Mais il reste un homme, candide en plus, qui se trouve troublé devant la beauté des corps mus par la jouissance. En voyant Les Anges Exterminateurs, on comprend ce qu’il recherche. L’excitation et l’érotisme découlent tout autant de l’esthétique des corps que de la transgression. Les jeunes femmes ont un visage de « girl next door », on les imagine étudiantes modèles. Mais dès qu’elles se dénudent, l’atmosphère devient incandescente et l’on voit bien l’extrême plaisir qu’a Jean-Claude Brisseau à éclairer ces courbes ondulant avec grâce. Les scènes de masturbation sont franches, les orgasmes ont l’air sincères et c’est bien cette authenticité qui donne au film son charme sulfureux. Mais comme l’a découvert François-Brisseau, les femmes savent parfaitement donner l’illusion aux hommes !


anges_exterminateursA travers les confidences des jeunes femmes, le réalisateur découvre quels sont les moteurs de l’excitation. Il s’agit principalement de transgresser une éducation trop stricte. Se toucher dans un lieu public, se masturber devant un homme, faire l’amour à une femme voire à deux. Ces fantasmes réalisés dans le film peuvent être considérés comme « gentillets ». François dit ne pas vouloir réaliser ses propres fantasmes mais les scènes sont tout de même orientées : masturbation exhibitionniste et amours saphiques semblent intéresser le réalisateur par-dessus tout. Il dit se consacrer au plaisir féminin mais ce dernier n’est pas, il me semble, forcément auto-érotique ou lesbien. Toute hétérosexualité est évacuée du film, si l’on omet le rapport pathétique entre François et sa femme. Il lui fait l’amour, dopé par la vision des nymphes dans la chambre d’hôtel.


Souhaitons à Jean-Claude Brisseau qu’il puisse encore tourner des films mais qu’il soit plus franc dans son travail de préparation. Tout comme Catherine Breillat mais avec une démarche différente, Brisseau est un explorateur et ses réalisations défrichent des zones que peu de films et de cinéastes osent aborder.

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